Jusqu’à l’âge de 7 ans un enfant au Brésil est laissé à la charge de sa municipalité. Bien souvent, dans les régions les plus pauvres, les municipalités n’ont pas les moyens (ou ne se donnent malheureusement pas toujours les moyens) d’ouvrir des écoles de pré-scolarisation. Nous ne pouvons pas laisser les enfants sans savoir lire et écrire, indépendamment des conditions de vie de chacun d’entre eux...

L’Association Santa Vitória a créé une école pré-infantil dans le grand village de Santa Vitória, dans l’Etat du Maranhão au Brésil, à quatre heures d’une route tortueuse de la première ville. Pendant les cinq mois de période des pluies, la route est impraticable et laisse difficilement passer quelconque moyens de transport. A Santa Vitória il n’y a pas de médecin.

Les enfants apprennent en priorité à lire et à écrire. Le respect de l’autre, l’éveil moteur ou encore l’hygiène sont des éléments tout autant appliqués dans l’école. Notre travail est aussi de renforcer le lien social à travers la santé. Les enfants sont pris en charge en cas d’urgence et les familles sont suivies pour des conseils santé ou en ce qui concerne les différentes formes de prévention.

30.4.09

Situation grave : État d'alerte civile dans le Maranhaõ

84.000, le nombre de personnes sinistrées qui, au 30 avril, se retrouvent sans maison, ici, dans l’État du Maranhão.
5 personnes ont trouvé la mort.

La saison des pluies bat tous les records cette année, les fleuves suffoquent et débordent ; 32 villes se retrouvent dans une situation d’urgence.
L’État d’alerte civile a été décrété dans le Maranhão. Le Gouverneur, Roseana sarney, s’est rendu dans les villes les plus affectées par les pluies.

Cette dernière nuit, Barra do Corda vient tout juste d’être atteinte aussi ; deux maisons se sont écroulées sous le poids des eaux et des écoulements de boue.

Les principales routes du Maranhão sont touchées. Sept d’entre elles sont coupées, inondées, ou ont complètement disparues par tronçons, sous les eaux qui recouvrent, aujourd’hui, d’énormes cratères.
Le département de la défense civile recommande aux personnes de ne pas voyager, des routes menaces encore de s’effondrer.
Les entreprises de Bus (moyen le plus courant de voyager au Brésil) ont suspendus leurs voyages.
L’unique route qui relie Barra do Corda à la Capitale, São Luis, est bloquée. Dans la photo ci dessous, vous pouvez apercevoir l’énorme trou qui s’est formé suite à l’écroulement de la route. Certains aventuriers traversent la route à bord d’un canoë.

Santa Vitória est, pour l’instant, épargnée, même si le niveau de son fleuve est dangereusement élevé.

Il devient difficile pour les secours d’intervenir et de prêter assistance à tous, la pluie continuant de tomber fortement. Malgré cela, le Brésil se solidarise et prête secours.
L’armée a déjà envoyé par avions 80 tonnes de nourriture en direction des villes touchées. 115 autres tonnes sont déjà en chemin.
Il est déjà prévu plus de 120 millions d’euros pour secourir et aider les démunis.
« Le député fédéral Sarney Filho a déclaré, ce matin (jeudi 30 avril), que les R$ 300 millions de Reais, mis à la disposition par le Ministère de l'Intégration pour la récupération des villes atteintes par les pluies, est très peu devant les problèmes affrontés par la population ».

Je vous tiendrai personnellement au courant de l’évolution de la situation ; il va s’en dire que, pour l’instant, le Blog reste sur cette information, jusqu’à ce que la situation s’améliore dans l’État du Maranhão.




























2.4.09

La route fantôme


Nous sommes encore, et ce jusqu’au mois de mai, en pleine saison des pluies, ici dans le Maranhão.
La route qui relie le village de Santa Vitória à la ville de Barra do Corda est déjà difficilement praticable en période sèche.

La pluie crée assez vite d’énormes crevasses.
Il est impossible de faire le trajet sans s’embourber au moins trois ou quatre fois par voyage.

Les voitures-relais qui relient les deux pôles, font le trajet Santa Vitória – Barra do Corda, de nuit. Nous quittons Santa Vitória vers 1 heure du matin. Nous passons la nuit à pousser la voiture, trouver des astuces pour se tirer d’affaire, courir après les pierres ou les tronçons de bois, changer les pneus crevés..Tout cela en pleine forêt.
Nous arrivons en ville vers 7h, quand tout va bien.
(Pour mémoire, 50 kilomètres de piste dans la forêt + 20 kilomètres de route goudronnée séparent les deux axes)
Fréquemment les passagers finissent leurs parcours à pied !


Certes, certains diront : «c’est l’aventure».
Cependant, pour les 1500 habitants de Santa Vitória, cette ‘aventure’ a un prix.
Combien de fatigue, de temps de perdu ?
Combien de gens ont fait cette route en plus de 24 heures ?
Combien de passagers recouverts de boue, parfois jusqu’aux cuisses (oui, jusqu’aux cuisses), devant marcher, chercher un abri, la nuit sans électricité, sans nourriture ni eau, mais avec des enfants sur le dos ?
Combien de gens blessés ou très malades, sont morts et meurent encore sur cette route, faute d’arriver à temps à l’hôpital ?
Imaginez les femmes enceintes qui doivent se rendre en ville pour leur échographie ? Nombreuses sont celles qui ont accouché en pleine route, sans assitance aucune.
Les retraités qui doivent aller retirer l’argent de leur pension ?

Cette piste est un enfer qui vous use et qui vous mange.
Cette piste est un monde entier qui sépare Santa Vitória de la vie.

Les personnes les plus âgées se souviennent aisément des promesses électorales d’il y a plus de 60 ans en arrière et qui reviennent tous les deux ans, à chaque campagne électorale..La fameuse route fantôme.

Il y a quatre ans, Dona Carmosita, qui a vécu pendant 20 ans à Santa Vitória, écoutait une radio locale.
Le Maire de Barrra do Corda y donnait une interview et racontait fièrement que la route qui reliait tous ces villages perdus dans la forêt (dont Santa Vitória) était faite et bien faite.
Aujourd’hui pourront se succéder Maires et Maires..l’argent pour faire cette route n’arrivera plus. Forcément, elle est déjà faite...


Sans eau

Francisquin est connu de tous à Santa Vitória. Il est indispensable et précieux. Il est toujours au centre de vives discussions ; un jour on le blâme, le lendemain on l’adore.

Francisquin est ‘l’élu’, chargé d’approvisionner l’eau dans les foyers du grand village.
Cela fait maintenant presque 20 ans qu’il travaille les deux pieds dans l’eau!

Ce n’est qu’en 1990 qu’un puits a enfin été creusé à Santa Vitória afin d’alimenter les maisons.

En fait, jusqu’en 1984, les habitants venaient recueillir, un saut à la main, l’eau du fleuve. Une fois à la maison, ils vidaient l’eau dans de petites jarres et filtraient l’eau à l’aide d’un linge.

Puis en 1984, padre Ambrogio, un missionnaire capucin indépendant (celui à qui notre école est dédiée), personnage au caractère bien..trempé, décide de fabriquer et d’organiser un premier réseau hydrolique à Santa Vitória!
Il construit deux puits dans le village et installe une pompe à l’ancienne, dans le fleuve. Une vieille pompe de l’époque qui marchait avec le courant.
Avantages :
- les villageois se servaient directement aux puits.
- Cela permettait à padre Ambrogio d’irriguer ses cultures dans un terrain qu’il avait acheté près du fleuve !

Francisquin se souvient bien de son premier jour de travail, le 21 février 1990.
Les travaux venaient de se terminer, un nouveau puits avait été creusé et toutes les maisons de Santa Vitória y étaient désormais reliées. Une pompe efficace avait été placée près du puits, permettant la répartition dans les tuyaux.
Francisquin avait participé aux travaux et on lui a proposé de continuer à travailler. Et il s’est mouillé !

La pompe n’étant pas sufisamment puissante, Santa Vitória est coupée en deux : un jour l’eau est distribuée dans la partie Ouest du village, et le jour suivant uniquement dans la partie Est. Aujourd’hui Santa Vitória compte 400 foyers.

Francisquin a toujours été exploité par la mairie de Barra do Corda. Je me souviens qu’il n’y a encore pas si longtemps il demandait 2 reais par maison à Santa pour gagner sa vie. Il n’a vraiment commencé à gagner de l’argent, le salaire minimum brésilien, qu’à partir de 2004!
Il a pourtant de grandes responsabilités ; il s’occupe non seulement de la distribution de l’eau dans les maisons, mais aussi de la manutention générale, à l’achat du matériel. Il ne peut pas voyager. Personne au village ne connait mieux que lui le fonctionnement de cette oeuvre !

Justement.
La pompe de Santa Vitória ne fonctionne plus.
Depuis quelques jours déjà, elle montrait quelques signes de faiblesse. Francisquin était à Barra do Corda pour essayer de trouver quelqu’un à la Mairie qui veuille bien l’écouter. Nous étions alors dans une période très festive au Brésil et aucun responsable ne semblait prêter attention à ses requêtes.
Francisquin me raconte que le problème ne venait pas de la pompe elle-même, mais de la clef de la pompe (j’éviterai les discours techniques) :
« Un homme sans scrupules et se croyant plus intelligent que les autres, a voulu réparer la pompe en mon absence. Il a inventé une histoire et a réussi à se faire donner la clé de la maisonette qui protège la pompe », raconte Francisquin.
Il continue : « Lorsque cet homme a allumé la pompe, il l’a fait en alimentant le village tout entier au lieu de sa moitié. La pompe n’a pas supporté très longtemps, et tout a pris feu ».

Aujourd’hui, Santa Vitória est sans eau de puits. Les habitants ont repris l’habitude de se baigner au fleuve et d’aller chercher l’eau de ce même fleuve pour la boire.
Comme à l’époque ? A un détail près..De nos jours, le fleuve est bien plus pollué qu’à l’époque.

Une nouvelle pompe, dont le prix est d’environ 5000 reais (soit 2000 euros), devrait bientôt arriver..Lorsque la fête en ville sera finie.


12.3.09

Une 'Farda' dans le vent !


Une des nouveauté de la rentrée scolaire est notre nouvel uniforme.
Il fallait casser la routine et apporter une touche ‘dernier cri’ de bonne humeur dans notre école !

Il en existe maintenant un pour l’équipe et un différent pour les enfants. Cela afin de démarquer les grands enfants des petits enfants dans l’école.. ?. :)

Le vert reste notre couleur de coeur. Il devient un peu plus prépondérant au niveau du haut de la poitrine. En ce qui concerne l’uniforme adulte de l’équipe, la couleur verte se prolonge au niveau des manches et du dos.
Un reflet jaune soleil rayonnant, vient apporter une forte touche de fraicheur.
Un uniforme printanier, dans le vent !

Ces uniformes peuvent être commandés.
Dans toutes les tailles, version enfant ou équipe au prix de 20 euros adulte et de 15 euros enfants.
Votre nom peut être aussi inscrit sur la manche.

Cela au bénéfice complet, il va s’en dire, de notre école et de ses projets.

Faîtes un cadeau à vos proches, l’uniforme de notre jolie école perdue dans une grande forêt brésilienne.

En commande aussi la maillot de l’équipe de Futsal féminine de Santa Vitória, répondant au doux sponsor de « Escolinha Robin hood ».
Version adulte uniquement, toutes les tailles, au prix de 20 euros.

Afin de vous présenter notre ligne ‘2000neuf’, notre équipe a accepté de ‘jouer le jeu’..




























Rentrée scolaire


C’est reparti !

Après deux mois de grandes vacances, nos enfants ont enfin retrouvé le chemin de l’école !



En ce lundi 2 mars 2009, 58 enfants ont repris crayons, cahiers et une bonne dose de courage, il fallait se remettre au travail !

Cette rentrée a certainement été la plus sereine de toutes celles connues dans notre école.
Les 14 nouvelles frimousses, qui ont entre 3 et 4 ans, n’ont pas versé une seule larme de crocodile ! Cela étant dû au fait que :

- Nombreux sont les nouveaux arrivants qui ont un grand frère ou une grande soeur dans une classe supérieure.
- Notre école est véritablement devenue une îcone pour tous les enfants. Combien de maman qui me racontent que leur enfant de 2 ans ne demande déjà qu’à aller à l’école ‘Robin Hood’ !!

Cette rentrée scolaire, ainsi que la traditionelle réunion avec les parents, se sont donc déroulées dans un excellent état d’esprit. La motivation et l’envie de recommencer était évidente chez les grands, comme chez les petits.

Au Brésil, il existe de nombreux jours fériés, mais bien moins de vacances régulières et prolongées.
Il faudra donc attendre le mois de juillet, pour que les enfants comme notre équipe, retrouvent des vacances, qui dureront 4 semaines.

En attendant, nous allons tous bosser très dur..


24.2.09

"Puisque nous sommes nés", le documentaire.

"Puisque nous sommes nés", de Jean-Pierre Duret et Andréa Santana,

Synopsis :
Brésil. Nordeste. Une immense station-service au milieu d'une terre brulée, traversée par une route sans fin.
Cocada et Nego ont 13 et 14 ans. Cocada a une rêve, devenir chauffeur routier. Il dort dans une cabine de camion et, la journée, il rend service et fait des petits boulots. Son père est mort assassiné alors il s'est trouvé un père de substitution, Mineiro. Un routier qui prend le temps de lui parler et de le soutenir quand la tentation de l'argent mal acquis se fait trop forte.
Nego, lui, vit dans une favela, entouré d'une innombrable fratrie. Après le travail des champs, sa mère voudrait qu'il aille à l'école pour qu'il ait une éducation mais Nego veut se sortir de là, gagner de l'argent. Le soir, il rôde à la station, fasciné par les vitrines allumées, les commerces qui vendent de tout, la nourriture abondante.
Avec son copain Cocada, ils regardent le mouvement incessant des camions et des voyageurs. Tout leur parle une langue dont ils n’en savent rien.
Avec cette singulière maturité qu'on acquiert trop tôt dans l'adversité, ils s'interrogent sur leur identité et leur avenir.
Leur seule perspective : une route vers São Paulo, vers un ailleurs.


Critique:
Nous sommes allées voir ce film qui passait dans moins de dix salles à Paris et une seule salle à Lyon… Il fallait donc mériter de le voir !
Si Jamel n’avait pas produit ni promu ce film, on serait sûrement passé à côté, malheureusement !
Nous avons été beaucoup touchées et interpellées, par nos liens avec Santa Vitória, mais pas seulement ! Ce documentaire est avant tout de qualité !
Sans que l’histoire soit époustouflante et qu’il y ait des péripéties à chaque plan, on est tout de suite attaché à ces enfants.
Nous avons été marquées par les sonorités de ce film : très peu de musiques, mais une retranscription des sons du quotidien plus que réelle.
Ces deux enfants, brésiliens du Nordeste sont au fond des enfants comme les autres, avec leurs interrogations, leurs rêves, leurs jeux, etc… En revanche, ils n’ont pas autour d’eux les moyens de les réaliser ni les facilités que nous pouvons rencontrer chez nous…
On pourrait ainsi vous dire que nous avons voyagé dans le Nordeste, confortablement installées dans nos fauteuils, mais rien ne vaut un vrai séjour sur place…
A vous d’aller le voir et de nous faire partager vos impressions !

Lucie et Marion Inbona

18.2.09

Une 'jolie’ équipe...


Santa Vitória n’est pas réputée pour la qualité de ses loisirs..

En revanche, comme toute réputation justifée, les brésiliens sont aussi de grands joueurs de foot et leur apprentissage se fait très souvent dans la rue, dans les cours abandonnées, dans les terrains vagues, dans les champs mal irrigués, bref, dans chaque mètre carré d’un espace de terre.
Où une vieille canette de soda, une balle de tennis déjaunie où une vraie balle un peu trop dégonflée se transforme en un ballon génial, celui que Ronaldinho claquera aux fonds des buts en finale d’une coupe du monde de l’imaginaire..

Aujourd’hui, au village de Santa Vitória, ce ne sont plus seulement les garçons qui jouent au football.
Une jolie troupe d’environ 16 jeunes filles, s’est passionée par le “Futsal” et par toutes les émotions que peut procurer ce sport d’équipe.
Le Futsal est un football avec un terrain plus étroit et moins de joueurs.

Un petit terrain en ciment, de très mauvaise qualité, a été construit il y a à peu près un an. Et les jeunes filles, dont certaines jouaient déjà sur les chemins de terre depuis la petite enfance, ont commencé à se réunir et taper dans un ballon de volley assez décousu.

Par le plus grand des hasards, une fin d’après-midi, je me suis retrouvé à observer ces footballeuses qui ont, en moyenne, entre 14 et 17 ans. J’ai vu grandir la plupart d’entre elles, mais..quelle surprise !..d’être émerveillé devant tant d’abnégation, de joie de jouer, cette naturelle beauté du sport lorsqu’il est pratiqué avec simplicité et une énergie débordante.
Et que de talents en herbe ! De la technique alliée au courage, de la vitesse et beaucoup de souffle.

Nous avons décidé de mettre en place une collaboration et organiser nos accords...
Je leur ai acheté un jeu de maillots de foot et un ballon. Je leur ai aussi proposé mes modestes services d’entraineur-manager lors de mes présences au village. En échange, elles devront porter le ‘sponsor’ : «Ecole Robin Hood» sur leurs maillots et respecter quelques règles basiques d’éducation et de respect.

Les filles m’ont promis qu’en cas de victoire dans un tournoi (un jour..), le très modeste pactole recueilli (qui tourne toujours entre 10 et 50 euros pour toute l’équipe) servirait à me rembourser les maillots. ..Nous avons cependant convenu que ce pécule irait directement au fonctionnement de notre belle école.
En attendant, nous avons beaucoup de travail..

Ce jour-là, deux équipes ont débarqué à Santa Vitória pour un mini-championnat.

Santa Vitória a gagné, sans sourciller, contre le village de ‘Palmerão’ par un score plutôt flatteur de 8 à 2.

En finale, Santa Vitória affrontait la ville de São Roberto, une des deux équipes les plus fortes de la région avec Barra do Corda. Une équipe de ‘riches’, en chaussures et protège-tibias pour la plupart!!
Nos filles ont été héroïques et après avoir mené 4 à 2, elles ont finalement perdu dans les prolongations 6-4.

Quelques larmes plus tard, l’horizon s’éclaircissait avec de nouveaux objectifs fixés.

L’engouement créé au village, est aussi quelque chose de très positif.
Pour ces gamines, le football, est plus qu’un loisir. C’est aussi un moyen d’exister, d’assouvir leur besoin de reconnaissance.
C’est autrement plus important qu’un coup de pied dans un ballon.

Nous vous tiendrons au courant des résultats de notre petite équipe féminine..

Bora Santa Vitória !

(Photos: Juliana, Claudeane et Nagila le gardien de but!.. Dernière photo en bas, l'équipe de São Roberto qui a remporté le tournoi)


Dona Raimunda et le "Toque de Deus"


Dona Raimunda est née à Santa Vitória il y a plus de 70 ans.
A l’époque Santa Vitória s’appelait «Desordem», «Le désorde» !
Ce nom, non officiel (d’ailleurs le village n’avait rien d’officiel), avait été donné de fil en aiguille par une population révoltée par les fréquentes disputes meutrières au sein de la comunauté. Certains disent qu’à cette époque on pendait les morts dans les rues de Santa Vitória..
C’était aussi le temps où les gens buvaient l’eau du fleuve, où la Malaria -ou Paludisme- sévissait fortement ; un temps aussi où il n’y avait pas une seule byciclette dans tout le village!

Dona Raimunda me raconte ses touchants souvenirs, un peu comme on farfouille, le coeur serré, dans le vieux grenier de ses grands-parents..mais avec, tout de même, un certain détachement :
- «C’était une période très ‘rude’, si aujourd’hui déjà les choses ne sont pas simples, tu peux imaginer il y a 60 ans ! Pour rejoindre Barra do Corda, la ville la plus proche à 80 kilomètres, nous prenions un bâteau qui passait une fois par semaine très tôt le dimanche matin, et nous arrivions très tard dans la nuit. Puis, quand les premières voitures sont apparues, nous devions faire 25 kilomètres à pied ou a cheval, pour retrouver la voiture qui nous laissait à Barra do Corda après 5 heures de route, quand tout allait bien, c’est à dire jamais!».

La première voiture est arrivée à Santa Vitória en 1955, et Dona Raimunda se souvient de la fête que cela a été au village! :
« ..Imagine,..une voiture..On avait l’impression d’être enfin relié à un peu de vie ».

C’était aussi l’époque où il était impossible d’aller à l’hôpital pour accoucher. Depuis que je connais le village de Santa Vitória, j’ai toujours entendu parler d’une sage-femme de réputation, répondant au nom de Dona Raimunda, qui est connue de tous et qui serait encore aujourd’hui, en activité. Je souhaitais la rencontrer.

Tout à commencé une nuit, en 1965..
Une jeune femme de Santa Vitória était sur le point d’accoucher.
La sage-femme confrmée du village était atteinte de Malaria. Elle ne pouvait pas se lever de son lit.

- «Il fallait y aller. J’ai pensé que la maman, comme le bébé, allaient mourir et je n’ai pas eu peur, j’ai fais naître une jolie petite fille. J’ai toujours été une folle-courageuse !», raconte Dona Raimunda en replongeant dans ses souvenirs.

Celle-ci n’avait ni l’enseignement ni l’expérience. Juste un talent, comme elle dit : «Um toque de Deus» soit « Le toucher de Dieu » :

- Les gens, par la suite, ne faisaient qu’appel à moi. Ils avaient terriblement confiance. Ça n’a plus arrêté. A l’époque, il m’arrivait de faire régulièrement deux accouchements par nuit ! Je n’ai jamais pu refuser.

- Savez-vous combien d’enfants avez-vous fait naître ?

- J’ai compté jusqu’à 500 accouchements réalisés, ensuite j’ai perdu le compte. Quand ai-je arrêté de compter ? ..Oh là là, il y a plus de 20 ans !

Dona Raimunda a fait ses naîtres ses 8 petits-enfants.

Elle garde bien évidemment des souvenirs amers d’accouchements dramatiques et de nouveaux-nés qui sont décédés, mais ce fut, heureusement, chose rare.

Elle a toujours refusé de se faire payer. Parfois, les personnes les moins démunies, lui donnent en échange des aliments recueillis dans leur ‘roça’, leur champs, comme du riz, des haricots, des courges ou des fruits.

Comment agissait-elle à l’époque ?

- Avec mes mains nues et un linge !
Puis, bien plus tard, j’allais acheter, quand je le pouvais, des gants à la pharmarcie de Barra do Corda.
C’est étrange, mais à l’époque tout était plus sain. Il semble qu’il existait moins de maladies ; je ne sais pas si cela est dû, entre autres choses, aux venins que l’on utilise aujourd’hui dans les plantations..

- Etes-vous encore en activité aujourd’hui, Dona Raimunda ?

- Beaucoup moins. De nos jours, même si nous n’avons toujours pas de route digne de ce nom, pas de médecin ; même si tout est encore très compliqué ici, les femmes rejoignent la ville pour accoucher. Il y a quelques voitures et des motos à Santa Vitória.

Dona Raimunda ne dira pas qu’il y a 6 mois, une femme de Santa Vitória, maman de trois enfants de notre école, a accouché, pour la deuxième fois de suite, sans l’aide de personne. Seule.
Elle n’a pas eu le temps d’appeller une voisine et a fait naître sa fille avec courage, patience, ses mains nues, un linge..et un couteau pour couper le cordon ombilical.

- Dona Raimunda, vous gardez de beaux souvenirs de ces aventures ?

- Oui, c’est une chance que Dieu m’a donné ! Je suis si heureuse. Tellement de gens, des parents aux bébés devenus grands, viennent aujourd’hui encore m’embrasser pour me remercier,..même si, moi, je ne me souviens pas de tous !..

(Dans la dernière photografie, Dona Raimunda avec quelques uns de ses petits-enfants ; vous reconnaîtrez notre instituteur à l'Escolinha, Gustavo!)










12.11.08

Gustavo, un très jeune instituteur papa


Qui sont les instituteurs de l'école “Robin Hood” ? Qui prépare la ‘merenda’ (le gros goûter) pour les 55 enfants ? Qui nous aide et comment ?
Pour répondre à ces questions et à tant d'autres que nous entendons souvent, nous avons décidé de vous présenter une série de portraits de l’équipe.
À travers leurs mots, nous pourrons même, j’espère, mieux comprendre comment se passe la vie dans la région de Santa Vitória.

Aujourd’hui, faites la connaissance de Gustavo, un jeune homme de 19 ans, instituteur depuis la dernière rentrée scolaire en mars. Gustavo est marié à une jeune fille de 16 ans et ils ont une fille , une petite Emily, née le 25 janvier 2008.
Gustavo est très mûr pour son jeune âge, il est intelligent et créatif ; il est tout simplement devenu, en quelques mois, indispensable à notre projet.
Responsable aussi, Gustavo ?


Cédric : Gustavo, pourquoi se marier si jeune et ne pas profiter un peu plus de ta jeunesse?

Gustavo : Ma copine est tombée enceinte. J’ai été complètement irresponsable, c’est une erreur. Je ne voulais pas en commettre une autre en abandonnant ma copine et mon futur bébé. Aujourd’hui nous avons une petite fille qui s’appelle Emily Vitória !

Cédric : Je crois savoir que tu as toujours eu l’esprit de famille. Comment s’est déroulée ton enfance ?

Gustavo : J’ai quatre soeurs..On a toujours vécu dans cette maison avec mes parents et mes grands-parents. Dans ce beau jardin, j’ai d’inoubliables souvenirs de bonheur.
A l’âge de deux ans, j’ai fais une chute qui m’a causé une maladie rénale. Ça m’a perturbé durant mon enfance, je faisais em alternance 3 mois de cours, puis deux mois d’examens médicaux à 500 kilomètres de Santa Vitória. J’avais la rage d’apprendre et de réussir comme les autres et je me faisais envoyer les cours par courrier !

Cédric : Tu es aussi le parfait exemple de ces jeunes qui vont brillamment au bout de leur études à Santa Vitória, mais qui n’ont pas les moyens de continuer en allant étudier en ville. Quels sont tes rêves ?

Gustavo : J’adorerais étudier la physique. J’ai lu des livres qui m’ont transmis cette passion ! Il faudrait pour cela que j’aille étudier à São Luis, notre capitale régionale. Nous avons pour cela deux faux choix :
- D’abord à travers le système public. C’est impossible. Il faudrait réussir des concours très difficiles, et d’autres jeunes sont bien plus formés que moi. Ensuite, il faut le dire, ces concours sont très souvent truqués, je crois que tu as déjà entendu parler de corruption ici au Brésil ?.. ! (il sourit)
- Ensuite, nous avons le système privé. Il faut compter un minimum de 300 reais par mois. Avec les frais de la ville, c’est tout aussi inimaginable.
En revanche, depuis deux mois, une université envoie, un week-end par mois, des professeurs à Santa Vitória. Un diplôme reconnu par l’État sera délivré au bout de trois ans de cours. C’est moins cher et grâce à mon salaire d’instituteur perçu dans notre école, je vais suivre les leçons. C’est un diplôme en pédagogie. Ce n’est pas de la physique, mais il faut s’adapter !

Cédric : Tu es le seul de l’équipe à avoir connu padre Ambrogio (notre prédécesseur, et à qui notre école est dédiée) en tant qu’élève de son école !

Gustavo : Oui, c’est vrai !..J’ai de beaux souvenirs. Une personne très autoritaire, très exigente, mais un grand homme, qui aimait les enfants et qui se souciait d’eux.

Cédric : Tu viens d’avoir 19 ans, tu es instituteur..et le seul garçon dans l’équipe au quotidien, comme à la maison avec tes soeurs !!

Gustavo : Au départ, j’ai accepté le poste d’instituteur car je n’ai jamais supporté que des gamins qui sont en cm1 ou en cm2, ne sachent ni lire ni écrire. Ça me révolte. Je me suis dis : « A moi de jouer ! ». C’est une énorme responsabilité de s’occuper d’enfants si jeunes. C’est compliqué.
Au début, j’étais très préoccupé et j’avais des doutes sur mes qualités. Aujourd’hui, j’aime tellement ce travail et les enfants, que quand vient le vendredi, je suis triste et j’attends le lundi avec impatience.
En ce qui concerne notre équipe composée de femmes, c’est vrai que je me sens largué au niveau des discussions !..Mais ce n’est pas plus mal, car du coup je joue et je discute avec les enfants !
Les enfants sont tellement francs, directs et honnêtes que c’est parfois déstabilisant, mais ce n’est que du bonheur.

Cédric : Quelles sont les difficultés que l’on rencontre à Santa Vitória ?

Gustavo : L’information. C’est la base. Et ici il n’y en a pas.
Un exemple : on regarde la télévision et dans chaque émission, on entend : « ..si vous voulez en savoir davantage, tapez www.etc » ..Nous, nous n’en saurons jamais davantage ! Nous n’avons pas d’internet.
Moi je veux toujours en savoir plus !
Bien sûr, une autre difficulté immense est la santé : pour trouver un ‘posto de saude’ plus ou moins décent, il faut faire au minimum 15 km. d’une route mauvaise.
Nous avons un ‘posto de saude’ au village. Si je m’ouvre un bras, je peux aller à ce dispensaire et j’y trouverai une personne pouvant appliquer les premiers soins, mais malheureusement il n’y a pas de matériel, donc cela ne sert à rien.

Cédric : Comment te définirais-tu ?

Gustavo : Je crois être quelqu’un de bien élevé. J’aime aider les autres. Ça me fait vraiment plaisir d’avoir l’impression d’essayer, à ma façon, d’aider au développement de mon village.
Je suis batailleur. Quand j’étais petit, je ne pensais pas arriver à l’âge de 19 ans ! Les médecins n’ont jamais été très optimistes au sujet de ma santé.

Cédric : Je demande toujours à notre ‘sympathique équipe’ un mot de la fin, une conclusion..

Gustavo : Mes remerciements à tous ceux qui nous aident dans l’éducation de nos enfants. Je sais qu’ils font de grands sacrifices. Ensemble, on fera tout pour atteindre l’Objectif d’une meilleure éducation possible. Cela en vaut la peine.
Ma devise est : « O conhecimento é a força » ou « Le savoir est la force ».
Je veux profiter aussi de cet espace pour inciter tous les gens qui n’ont pas encore fait le pas de nous aider, à faire le geste qui peut tout changer.
Pas seulement à Santa Vitória, mais dans le monde entier, il faut aider tous les enfants.










Jolie nouveauté à l’école Robin Hood!


Nous offrons tous les jours et ce depuis les prémices de l’école, un gros goûter salé ou sucré, pour nos enfants, servi entre 9h30 et 10h.
Ce repas comble, malheureusement, le manque du petit déjeuner que beaucoup d’enfants ne prennent pas le matin avant d’aller à l’école. Parfois aussi, encore malheureusement, ce petit repas aide au déjeuner du midi.

Nous avons décidé d’organiser et de préparer, en guise de test, un goûter ‘spécial’.
C’est assez difficle à expliquer, mais les enfants sont tellement habitués à manger du riz, que toute nouveauté est parfois rejetée lors du goûter.

Ce ‘goûter spécial’ peut être un plat tipique. Traditionnel ou novateur, brésilien ou étranger. L’important est que :

- L’enfant expérimente des saveurs,
- Qu’on lui fasse un historique du plat,
- Qu’on lui parle des ingrédients qui composent la recette,
- Qu’on lui raconte des annecdotes qui vont avec ce plat, en le faisant participer.

Cela, en adaptant le discours à l’âge de l’enfant.

Premier essai très concluant avec la Feijoada. Nous ne pouvions pas commencer par autre chose. Le symbole de l’art culinéraire brésilien !

Chaque instituteur a donc raconté l’histoire de la feijoada à ses élèves et expliqué, avec passion, de quoi elle se compose.
La salive montant à la bouche de chacun (la connaissance favorisant l’ouverture et l’envie de goûter..), le succès fut de taille!

Certains instituteurs avaient choisi comme mode de communication, des marionettes. Le riz, représenté par une marionette blanche, et le haricot, représenté par une marionette marron ! (voir photos).

Ce ‘test’ fut une réussite ! Dès la prochaine rentrée scolaire au mois de mars, nous nous efforcerons de reproduire ce schéma au moins une fois tous les deux mois.


Ingrédients de la Feijoada:

Saucisses de deux familles différentes, de la viande séchée, de la viande de porc salée, des pieds de cochon, des queues de cochon, du bacon, des fayots-haricots noirs, feuilles de choux rouge, ciboulette, coriandre, piments rouges, oignons, tomates, ail, farine de manioque crue..

On pense souvent que la feijoada est liée uniquement à la tradition brésilo-brésilienne et du continent américain. En fait, les portugais, colonisateurs du Brésil, laissaient aux esclaves les parties les moins nobles du cochon, comme les oreilles, la queue ou les pieds. Les esclaves qui se nourissaient de haricots et de maïs, rajoutaient ainsi de la viande à leur repas.
Les navires, remplis d’esclaves africains, gorgeaient d’épices traditionelles ainsi que de farine de manioque.
Les haricots quant à eux, provenaient de la tradition Indios.
Le plat était né..Des d’ingrédients communs du quotidien mélangés avec les morceaux négligés du porc, et les esclaves, en le cuisinant avec des haricots, de l’eau, du sel et du piment, inventèrent la feijoada.

Aujourd’hui, la Feijoada, est accompagnée de feuilles de choux, d’ail, de riz blanc, de farine de manioque à la sauce pimentée..et, uniquement pour les adultes, de caïpirinha (alcool à base de Cachaça, extrait de la canne à sucre) !

La Feijoada est ainsi le parfait résultat de trois cultures : indios d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Europe, qui forment par ailleurs la culture de base du Brésil.

Petite anecdote : les seigneurs colonisateurs, ont assez vite remarqué que les esclaves, en mangeant ce plat, devenaient plus forts et étaient en meilleur santé. Ils en déduirent que c’était grâce aux haricot noirs, riches en fer, et, très vite, ils intégrèrent la Feijoada dans le menu des seigneurs, et de tout le Brésil!

Petites phrases :

“La feijoada est une idée européenne élaborée au Brésil. Avec la technique portuguaise et des ingrédients indigènes (natifs), le résultat est un étrange et néanmoins démocratique croisement anarchique de préparation, en mélangeant des aliments dans une même casserole»
(Jorge Gomes)

«La feijoada est un état d’esprit. Il faut être joyeux et aimer la vie pour ressentir la véritable saveur du plat»
(Paulo Affonso Paulillo)


Aujourd’hui, la feijoada n’est plus le plat le plus consommé au Brésil.
Ceci est dû en grande partie à la frénésie de la vie. C’est une recette qui demande beaucoup de travail, qu’il faut préparer bien en amont.
C’est aussi un met qu’il faut déguster en prenant son temps (lorsqu’il est préparé avec attention).
La feijoada est considérée comme calorique..
Malgré cela, elle reste un des symboles forts du Brésil et du Nordeste.



Une nouvelle équipière


Une nouvelle équipière, Francisca, nous a rejoint!

Neiva, notre chef cuisine et responsable de la propreté de notre grande école est enceinte! Le joyeux évènement est prévu pour fin décembre/courant janvier. Neiva n’a toujours pas fait d’échographie. C’est très compliqué ici.

Aujourd’hui, Neiva et Francisca travaillent en binôme afin de préparer cette dernière au travail et aux tâches du quotidien. A partir du 23 novembre, Francisca prendra les commandes, seule.
C’est aussi une belle opportunité pour elle, car il se pourrait fort bien que nous revenions à diviser le travail lors de la prochaine rentrée scolaire en mars. Elles pourraient se retrouver toutes les deux.

Francisca, qui a trois enfants, est aussi une nouvelle habitante de Santa Vitória. Elle arrive d’un village bien plus petit que Santa Vitória, qui s’appelle Lagoa vermelha. Un village sans électricité, sans route accessible, sans fleuve, ...sans école.

Bienvenue Francisca ! A toi de jouer.

(Photo : Marinete, en haut à gauche, notre coordinatrice pédagogique, reçoit Francisca)

6.10.08

Notre école en péril

Dans la lettre de mars, je vous avais informés sur la possible ‘perte’ de notre bien immobilier qui abrite notre école et de sa vente.
Pour tous ceux qui n’ont pas lu cette lettre, en voici un extrait :

« Le bien immobilier qui abrite gratuitement notre école est en vente….. Le propriétaire nous en assure la priorité mais ne fait pas de cadeaux.
Tous ceux d’entre vous qui nous ont soutenus dès le départ, se souviennent des tribulations pour établir nos pénates.
La somme, qui est importante pour notre budget, est heureusement loin des chiffres européens, puisqu’il s’agit d’environ 6 500 euros.
Hors, c’est une bonne opportunité pour être ‘chez nous’, sans avoir besoin de nous lancer, comme nous l’avions envisagé, dans la construction.
»


J'ai tardé à vous donner de nouvelles informations, mais la raison est simple : nous n'avons pas d'informations concrètes.

Encore une fois, nous sommes un peu dans les mains de la religion (pour mémoire, les moines cappuccins n'ont jamais accepté notre école, dans leur immense et abandonnée maison paroissiale de Santa Vitória...pour des raisons`politiques').

Aujourd'hui, nous avons d’un côté un homme qui s’occupe de ce qui est une vieille église évangelique (laissée à l’abandon depuis plus de 20 ans). Cet homme a été très gentil d’avoir accepté de nous la louer à titre gratuit, pendant que nous avons pris en charge tous les frais de restructuration et son entretien.
Cet homme s'appelle Joaquim Veríssimo..et a un pied et demi plongé dans la politique locale. Il se dit propriétaire du bien, de droit, après l'avoir géré pendant tant de temps. Ainsi, le senhor Joaquim m’a déjà répété à plusieurs reprises, que si nous ne trouvions pas la somme, nous perdrions notre ‘maison’ en fin d’année.

De l’autre côté, nous avons l'église évangélique et les divers «Pastor» locaux et régionaux. Eux, disent ne pas vouloir vendre et être toujours propriétaires. Ils sont à la recherche des vieux documents officiels de l'ex-église.

De mon côté, je cours à droite et à gauche pour chercher à comprendre les intentions de chacun, et les diverses possibilités...
Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un point où les deux parties sont prêtes à se rencontrer pour essayer de trouver un accord.

Aujourd'hui, les enfants ne peuvent pas se passer de cet espace. Aujourd'hui, nous avons 5 salles de cours. Nous ne retrouverons jamais un endroit aussi grand et aussi accueillant.

L’endroit est en effet spacieux, il est composé non seulement d’une grande salle principale (cette dernière a été divisée en trois salles distinctes) mais aussi, en coulisse, de trois autres pièces plus petites. L’une d’elle est utilisée comme cuisine avec une salle de bains.
Nous avons aussi un jardin avec quelques arbres fruitiers. Dans le jardin, nous avons fait construire une petite ‘aire’, genre laverie, avec juste un toit en tuiles et deux éviers pour laver la vaisselle et éventuellement des vêtements.

J’espère pouvoir vous donner des infos au plus vite.
Mais, ici, il faut avoir une ‘sainte’ patience..

12.9.08

Maria Delci - Une Femme Discrète

Qui sont les instituteurs de l'école “Robin Hood” ? Qui prépare la ‘merenda’ (le gros goûter) pour les 55 enfants ? Qui nous aide et comment ? Combien de personnes composent notre ‘troupe’ ?
Pour répondre à ces questions et à tant d'autres que nous entendons souvent, nous entamons une série de portraits de l’équipe.
À travers leurs mots, nous pourrons même, j’espère, mieux comprendre comment se passe la vie dans la région de Santa Vitória. Ce mois-ci, découvrons une nouvelle institutrice, Delci..



Maria Delci est une femme discrète, peu bavarde. Je savais qu’en allant lui poser des questions, je risquais de la bousculer et de ne repartir qu’avec des bribes de réponses, des chemins à demi parcourus, un léger tremblement des yeux et pour seul son, ...son silence.
Lorsque je lui demande de résumer sa vie en un mot, elle me sussurre : « Difficile, une vie difficile ».
Elle continue : « J’aurais aimé pouvoir continuer mes études. A l’époque, comme tu peux l’immaginer, étudier était encore plus impossible ! ».

Delci s’est mariée assez jeune, est vite tombée enceinte et son mari est parti chercher du travail dans une autre région quand Goiacy, leur fille, avait à peine 4 mois. Il n’est jamais réapparu. Aucun signe de vie.
Encore une mãe solteira, ces mères célibataires : « Ici c’est la norme ; ce qui est l’exception, c’est une femme avec un mari et leurs enfants vivant ensemble et ayant des projets communs », dit-elle sans émotion.

Delci, qui, à l’époque, avait déjà perdu son papa et sa maman, part vivre avec sa fille (toujours à Santa Vitória) chez sa grand-mère. Ils partageront la modeste retraite de cette dernière. Les bananiers, les vaches et le champ que cultive le frère de Delci leur apportent de quoi se nourrir.
« Ma grand-mère décèdera quelques années plus tard et je décide de partir dans notre capitale régionale, São Luis. Je travaille comme femme de ménage. Je ne suis pas restée très longtemps ».

C’est à son retour de São Luis que l’école « Robin Hood » à Santa Vitória prend forme. Il fallait choisir l’équipe pour encadrer le projet et les enfants.
Pour commencer, au risque de changer l’année suivante, il fallait des personnes qui avaient un vécu, qui connaissaient bien Santa Vitória et qui étaient respectées au sein du grand village.
« C’était une jolie chance pour moi. J’avais toujours rêvé d’être institutrice, de travailler avec des enfants ».

Aujourd’hui Delci est ‘mariée’ avec notre école, comme institutrice, depuis 4 ans ! Compte-t-elle se remarier un jour… avec un homme ? : « Je n’ai pas la vocation au mariage ! Désormais je me suis habituée à vivre seule avec ma fille ».

Cela n’est pas le cas de Goiacy, qui me demande, un grand sourire aux lèvres, de préciser dans mon article qu’elle est célibataire et qu’elle n’a pas d’a priori vis-à-vis des français !

Delci, pour conclure, as-tu un message pour nos lecteurs ?

Son regard préoccupé, ses yeux droits dans les miens, crient un ‘au secours’ silencieux.
J’insiste.
Cherchant ses mots, hésitante, puis, dans un souffle, elle se libère... :
« Je voudrais qu’on sache que le Brésil est un pays merveilleux, mais qui a besoin du soutien des gens qui, en s’unissant, peuvent changer le destin de nos enfants.
Et merci, merci à tous pour cette merveilleuse école ».

Merci à toi Delci, et encore.. mille excuses.